drapau.jpg

 

Get Adobe Flash player

Vous êtes ici

Mobilité Internationale à El Alto - Bolivie / Episode 2

Bonjour à tou(te)s !!! Cela fait déjà presque 3 mois que je suis en terres andines, le temps passe tellement vite. Je viens de finir mon stage hier et je pense que le retour ne va pas être si facile que je le penser. Les sourires, les pleurs, les bons comme les mauvais moments partagés avec ces filles et adolescentes vont beaucoup me manquer. Ce fut une expérience riche en émotions que je ne pense pas oublier de sitôt. Cela fait un moment que je pense à vous écrire mais il est très difficile pour moi de mettre cette expérience en mots. Ne soyez donc pas trop dûr(e)s s’il vous plaît !! Je vais donc tenter de partager quelques miettes de ce voyage en plusieurs thèmes.
 

1) Actualités

Il y a deux semaines, deux dates importantes ont marqué la Bolivie.
 
Premièrement, Lundi 23 Mars, c’était le Dia del Mar (jour de la mer). Mais ? la Bolivie n’a pas la mer ? me direz-vous. Justement !! C’est pour cela qu’il y a un jour de la Mer. Celui-ci commémore les personnes qui se sont battues pendant la guerre du Pacifique à l’issue de laquelle la Bolivie a perdu l’accès à la Mer contre le Chili en 1879. Ce jour est donc un jour de deuil (oui oui vraiment) mais également l’occasion de relancer le débat. Durant les différents défilés du 23 Mars on peut lire sur les pancartes des slogans prônant la récupération de la Mer. Le président Evo Morales a d’ailleurs inclus dans son programme les négociations avec le Chili à ce sujet. Cette question est très sérieuse dans l’esprit des boliviens et même si cette histoire est vieille de plus d’un siècle, la blessure semble neuve. Les filles du centre (et pas qu’elles) détestent les chiliens car ils leur ont « volés » la Mer, connaissent par cœur la chanson dédié à Edouardo Avaroa, qui a lutté pour la Mer durant la guerre du Pacifique, les professionnelles du centre parlent de cette guerre comme si elles l’avaient vécue et un discours populiste veut même que la perte de la Mer soit la raison de la pauvreté de la Bolivie. 
 
Photo : Plaza Avaroa (place du grand monsieur qui a lutté pour la Mer)
 
 
Deuxième actualité marquante, le dimanche 29 Mars c’est les élections (ah bin oui comme chez nous !!). Ici, on élisait les maires et les gouverneur(e)s. 
La campagne a commencé bien avant mon arrivée. Le parti au pouvoir, le MAS (Movimiento Al Socialismo) présidé par Evo Morales fait sa campagne un peu partout. Pas un jour, une heure, ne passent sans que je vois des slogans, les couleurs, les noms du MAS. J’ai fait plusieurs petits week-ends à l’extérieur de La Paz et si j’ai pu être dépaysée par beaucoup de choses, le MAS était toujours avec moi pour me rappeler que j’étais en Bolivie. Sur des montagnes, des maisons, des ruisseaux, l’imaginaire n’a pas de limite. Bien sûr, il arrive de temps en temps d’apercevoir d’autres partis mais le MAS reste nettement au-dessus niveau visibilité.
Photo 2 : Manifestation du parti du MAS
 
Pour revenir aux élections, ici depuis vendredi soir, personne ne peut boire d’alcool. Quel rapport ? En fait, pour que les boliviens ne votent pas en état d’ébriété ou qu’ils ne se rendent pas aux urnes sous le motif d’un lendemain de soirée trop arrosée, le président a promulgué une loi, la "ley seca" (la loi sèche) qui interdit à tous les débits de boisson de vendre l’alcool et à tous les boliviens de boire de l’alcool du vendredi soir au dimanche soir de l’élection sous peine d’une très grosse amende. Et pour voir si cette loi était bien appliquée (car elles ne le sont pas toutes), on a testé et effectivement, on a ni pu commander un verre de vin dans un bar, ni acheter de bouteilles d’alcool dans un magasin, même si on ne vote pas ! De plus, pour permettre aux chauffeurs de bus d’aller voter, il n’y a aucun transport qui circule jour d’élection. Un jour bien reposant !!
 
Dernier point concernant les élections : la participation politique des femmes. Ce thème étant bien compliqué dans une société encore très machiste et patriarcale, le gouvernement a promulgué une loi ("ley 243"), pour protéger les femmes contre la violence politique, à savoir leur permettre de participer politiquement sans se faire menacer ou agresser (ce qui arrive assez souvent). Elle oblige notamment à la parité sur les listes électorales, chaque parti devra avoir 50% de femmes sur sa liste. Mais visiblement les boliviens ne sont pas encore prêts. La plupart contourne alors la loi en invalidant les candidatures féminines. Ils présentent une première liste paritaire puis invalident les candidates féminines, par exemple en ne donnant pas les papiers nécessaires pour qu’elles soient validées. Il faut alors remplacer les candidatures féminines invalidées et chaque parti remet alors un homme à la place. Et c’est ainsi qu’à la place de 50% de femmes candidates, il n’y en a eu que 25. Ici, le problème n’est pas la loi mais son application et cela se retrouve dans beaucoup de situations. Les mentalités changent mais le chemin est long !!
 

2) Stage à Enda El Alto

Au niveau de mon stage, j’aimerais partager 2 aspects : la réalité du tabou que représente la violence faite aux femmes (surtout sexuelle) et la diversité et les méthodes d’éducation active des partenaires de l’ONG.
 
  • Tabou de la violence faite aux femmes : 
L’ONG dans laquelle je suis en stage, reçoit donc des filles et adolescentes victimes de violence (très souvent sexuelles). Et la réalité à laquelle sont confrontées les professionnelles tient beaucoup aux familles car le lieu est transitoire et normalement l’accueil ne doit pas dépasser 3 mois. Cependant, ne trouvant aucune solution, la plupart y sont déjà depuis 6 voire 9 mois. Je pense que l’un des freins est le tabou que représente la violence sexuelle. Beaucoup de participantes se sentent coupables du fait d’être dans le centre car leur famille leur renvoie la faute ou alors ferme les yeux sur la violence. Et alors que les agresseurs sont bien tranquillement dans leur famille, les filles elles, ne peuvent pas les voir et s’en sentent coupables.
 
Mais cette réalité reflète une des réalités de la Bolivie. Les chiffres de la violence faite aux femmes en Bolivie sont tellement impressionnant que la dernière loi sur le thème : la "ley 348 integral para garantizar una vida libre de violencia" (loi intégrale pour garantir une vie libre de violence) a durcit les peines contre les violences faites aux femmes et introduit le féminicide comme crime. Cette loi prévoit notamment des fonds pour ouvrir des centres d’aide aux femmes de violence ou encore des centres de jour pour les aider à porter plainte. Mais cette loi de 2013 n’est pas appliquée. En réalité, très peu de femmes portent plainte car les membres de la police leur jettent la faute dessus, les centres n’ont toujours pas été créés car aucun financement n’a été donné et très peu d’agresseurs sont jugés coupables à cause de la lenteur et l’inefficacité de la justice et des "fiscaléria" (lieu pour dénoncer juridiquement les violences).
 
Cependant, grâce à des associations féministes et des femmes qui ont lutté pour l’application de cette loi, un décret d’application est sorti récemment et risquerait d’être appliqué toujours avec la pression de ces associations. J’ai d’ailleurs appris la nouvelle en assistant à la "Mesa de Genero" (littéralement "table sur le genre") dont l’ONG fait partie. Beaucoup d’acteurs importants sur la question y participent. Il s’y traite de tous les sujets concernant l’avancement du droit des femmes, notamment des moyens de dépatriarcaliser la société bolivienne, de faire appliquer les lois existantes et d’être force de proposition pour les suivantes, de rendre compte de l’avancée de la question au niveau national et international. Elle a aussi créé un observatoire sur ces questions, soucieuse de rendre visible les différents problèmes liés à cette question.
 
Une autre initiative plus ludique pour lutter contre la violence faite aux femmes est le combat de Cholitas. Dans le marché de la 16 de Julio, chaque dimanche, des Cholitas affrontent des hommes sous forme de catch. C’est une activité très prisée par les familles alteniennes comme pour les touristes. Mais ces combats ont été créés pour montrer que les femmes ont les moyens de se battre même physiquement contre les hommes qui les maltraitent. C’est pour cela que la Cholita gagne tous ces combats. Curieuse de l’expérience je suis allée voir par moi-même et me suis convaincue que c’était un moyen très ludique de traiter la question.
Photo : Combat de Cholita
 
  • Partenaires et méthodes d’éducation active 
J’étais venue en Bolivie pour voir un des berceaux de l’éducation populaire et je ne suis pas déçue ! Enda El Alto compte sur de nombreux partenaires et réseaux qui utilisent ces méthodes. Par exemple, deux semaines après mon arrivée, nous avons eu un atelier du "Defensor del pueblo "(Défenseur du peuple) qui a pour but d’informer les citoyens boliviens sur leurs droits en particulier ceux qui ont moins accès à l’éducation comme les habitants des campagnes ou les femmes. Pour cela, un de leurs membres est venu nous présenter une technique de conscientisation des inégalités et des situations d’oppression qui se nomme "le théâtre Forum" ou "théâtre de l’opprimé". Il a formé l’équipe en 3h d’intervention à cette technique pour qu’elle puisse l’utiliser avec les participantes du centre.
J’ai aussi pu travailler avec l’association COMPA, spécialisée dans la démocratisation de l’art audiovisuel. Nous sommes allées voir avec les participantes une série de films dirigés par des femmes pour traiter la question de la place de la femme en Bolivie. Ces sorties ont donné suite à la proposition d’un atelier d’audiovisuel avec les participantes qui a pour but de leur faire réaliser un film du début à la fin. Depuis 4 semaines, nous participons donc à cet atelier où les filles pas à pas ont construit l’histoire, les conditions du tournage, les dialogues et la mise en scène. Je ne serais malheureusement pas là pour voir la finalisation de ce projet mais ce fut une expérience très enrichissante.  
 

3) Culture amérindienne, aymara et colonisation

Petit point culture car la Bolivie est l’un des pays de l’Amérique du Sud qui a le plus gardé sa culture originaire. Elle est d’ailleurs le seul pays où le président est d’origine amérindienne. Evo Morales est en effet d’origine aymara. Il a d’ailleurs depuis son entrée au pouvoir en 2005 beaucoup légiféré sur la reconnaissance de la culture et des traditions de ces peuples originaires et lutter contre leur discrimination. Il a notamment reconnu la justice et la médecine communautaire et reconnu dans la constitution 36 langues de peuples originaires officielles au même titre que le castillan (l’espagnol).
 
Quotidiennement je peux voir quelques traditions liées à la "Pachamama" (la Terre Mère). Notamment lors du Carnaval, du 14 au 17 février, très largement fêté qui donne lieu à 2 jours fériés. Le carnaval commence le samedi avec les défilés et les danses traditionnelles qui se poursuivent le dimanche (le principal est à Oruro). Le lundi c’est "Lunes de morazon" (lundi où on est mouillé) où comme son nom l’indique, on se balance des ballons, des seaux d’eau (mais réellement ça c’est durant les 4 jours). Et le mardi c’est "la ch’alla", la célébration à la Pacha Mama. On fête ça en famille, les maisons, les voitures, les bus sont décorés de ballons et on verse de l’alcool aux quatre coins de chaque objet en offrande à la Pacha Mama. La croyance veut que cette célébration porte chance à chaque objet célébré. Et comme le Mardi est férié, la ch’alla est faite au travail généralement le Vendredi. On a donc « ch’allé » les 2 centres de l’ONG avant de faire un grand repas pour l’occasion du carnaval. C’est très impressionnant, tous les bâtiments, les maisons, les voitures sont « ch’allés », les tribunaux, la mairie, les bureaux, tout ! On peut d’ailleurs un mois après, en voir des restes !
Photos : Ch’alla au centre Fraternidad, Ch’alla au centre Minka où chacun son tour on verse de l’alcool aux quatre coins du centre en offrande à la Pacha
 
Mais ce n’est pas la seule occasion de faire des offrandes à la Pachamama, il y a aussi les solstices d’Hiver et d’été. Et les offrandes sont généralement des fœtus de lama que l’on peut croiser entre les tomates et le Monopoly d’Evo sur le marché de la Ceja à El Alto (les jeudis et dimanche) ou sur le marché des sorcières à La Paz. Ils sont très utilisés notamment pour la construction de maison où ils sont enterrés dans les fondations pour porter chance (je suis sympa je vous évite les photos).
Photos : L’Evonopoly non ce n’était pas une blague et un petit bout du gigantesque marché de la Ceja à El Alto
 
Curieuse d’en savoir un peu plus sur cette culture je suis allée visitée les ruines de Tiwanaku (à 1h de La Paz). Ces ruines sont donc celles de l’une des premières civilisations pré-Inca. D’après les guides, les Aymaras seraient leurs descendants car les traditions et les langues se ressemblent énormément. Mais il faut vraiment un guide pour se représenter ce qu’à pu être cette civilisation car les colons à leur arrivée ont tout détruit, volé l’or des statues et même pris les pierres qui constituaient le site et même la porte du soleil (oui il paraitrait que c’est la même que dans Tintin) pour construire une église dans le village à côté. Cette visite était donc très riche en découverte sur l’histoire de la Bolivie et ce qu’à provoquer l’arrivée des colons.
Photos : La croix andine et la Puerta del Sol
 
En parlant des colons, leurs apports à la culture bolivienne est assez notable. Car même si l’on retiendra surtout de l’histoire leurs massacres sur les peuples originaires, la discrimination qui sévit encore aujourd’hui et la religion catholique (oui les boliviens l’ont bien retenus !!), les peuples originaires ont su garder leur culture en la mélangeant avec celle imposée par les colons. Pour exemple, les "Cholitas". Ce sont les femmes boliviennes habillées traditionnellement d’un chapeau melon, d’une jupe de 4 ou 5 couches colorée, d’un châle en vigogne, coiffées de 2 grandes tresses et portant un "Aguayo" (tissu très coloré leur permettant de transporter à peu près tout : bébés, courses, télévision etc.). C’est un mélange entre l’habit traditionnel andalou et bolivien. Deuxième exemple, les vierges en Bolivie sont souvent représentées sous forme de triangle (symbole de la Pacha Mama). 
Photo : Des cholitas devant le stand de jupes de Cholitas au marché de la Ceja
 

4) Vie quotidienne

Quelques petits aspects marquants quand on vit en Bolivie et surtout à El Alto et La Paz :
 
Premièrement les transports. Il y a le choix entre ici déjà il y a le choix niveau transports publics : truffis, micros, minibus, téléfériques, bus et taxi (légaux ou pas). Et c’est vraiment pratique, le seul problème c’est qu’il faut savoir comment ça marche car il n’y pas d’arrêts, pas de plans et par exemple à El Alto, pas de noms de rues. Donc au début, ce n’est pas facile mais après 3 mois ici, je pense que j’ai à peu près compris le système et c’est vraiment pratique car puisqu’il n’y a pas d’arrêts, on peut descendre où on veut ! Seuls désavantages : le klaxon est ici un sport national et les nids de poule d’El Alto doivent être le record mondial au centimètre carré. 
 
Deuxièmement, laltitude et le côté vallonné de La Paz donnent une autre dimension à la vie quotidienne. Le sport ici est restreint pour moi qui n’ai pas les poumons des gens qui vivent ici. Car marcher à 4000 mètres d’altitude reste toujours un effort pour moi, surtout dans les rues de La Paz qui ne sont faites que de montées et de descentes vertigineuses. Autant dire que les nombreux matchs de Football que j’ai joué avec les filles du centre ne m’ont pas laissé de glace. Mais le bon côté reste la vue impressionnante depuis El Alto dont je ne me lasse pas.
Photos : vue La Paz de jour et de nuit
 

5) Petit point tourisme ; 

Quelques photos des richesses de la Bolivie, Tupiza, le sud Lipez, le désert de Sel d’Uyuni, le lac Titicaca.
 
 
Je vous quitte pour vous retrouver très vite, je rentre dans à peine une semaine, juste le temps de visiter la jungle amazonienne et de faire quelques achats souvenirs.
A très vite, et bonne semaine !!
Sophie Fléché